vendredi 17 juillet 2026

Le 17 juillet 2026

 

 "TRY AGAIN"


La coupe du monde de football 2026 se terminera dimanche prochain. L'équipe de France, victorieuse en 2018 et finaliste en 2022, vient d'être éliminée par celle d'Espagne à l'issue d'un match où les espagnols ont appliqué exactement le même jeu que la manière habituelle des français mais en mieux : plus rapides, plus adroits, plus vifs...
 
Aussitôt plusieurs milliers de supporteurs ont lancé une pétition afin que le match soit rejoué.
 
Je n'ai pas été lire sur quels arguments ils (et elles) fondaient  leur demande (puisque pétitionner c'est formuler une demande collective que l'on estime fondée en droit et en raison) mais la démarche m'a dans un premier temps bien amusé.
Voici un fait qui déplaît à plusieurs : on va tâcher de l'effacer. C'est le genre de choses qui ne se produit pas dans la vraie vie, bien entendu, mais dont on peut profiter dans un espace virtuel de jeu. Dans l'espace virtuel du jeu, l'erreur ou l'échec ne sont que des obstacles épisodiques qui seront aussitôt annulés, annihilés (réduits à rien) par une proposition alternative, un recommencement ou une correction  automatique...
 
Le monde virtuel est sans engagement conséquent. Il perpétue l'irresponsabilité de la première enfance. Ce qui peut amuser (dans un premier temps), c'est que des personnes adultes appliquent à des faits réels les principes d'un jeu sans conséquence.
Cependant la réalité, manquant sans doute de légèreté, récuse à sa façon balourde, épaisse, contraignante, les règles du jeu et refuse de renvoyer à l'éphémère les erreurs et les échecs : leurs conséquences durent.
 
On le voit avec l'élimination des équipes perdantes, on le voit mieux encore lorsque l'humanité perdante reste sur le carreau. Visité en songe pendant son sommeil et convaincu dès lors de la nécessité d'obéir, le président états-unien a décidé un matin (sans prévenir l'ensemble des membres de son gouvernement semble-t-il) de bombarder l'Iran. Outre le réveil d'un esprit nationaliste dont profite le régime iranien, cette idiotie a aussitôt conduit au blocage du détroit d'Ormuz par les iraniens attaqués, et le bombardement des alliés des U.S.A. dans la région. Crise pétrolière, crise gazière, crise des coûts de pas mal de matières premières, mais aussi victimes bien humaines des frappes de représailles. Escalade de ces représailles, tandis que des négociations se tiennent pour laisser passer le temps. Arguments de cour de récréation : c'est toi qui as commencé, non c'est toi, toi t'es le mal incarné, c'est çui qui dit qui y est, etc.
Pendant ce temps la mer accueille les mines susceptibles de faire exploser les bateaux et leur équipage, Israël sous prétexte de s'en prendre au Hezbollah pro iranien ravage le Liban, réduit la Cisjordanie, occupe Gaza.
Ce qui fait dire à une touriste française que l'augmentation de l'essence exaspère : "ça pète ailleurs mais c'est nous qui en subissons les conséquences".
Si cette touriste s'intéresse au foot, elle va sans doute signer la pétition pour faire rejouer le match : la réalité ne s'impose pas dans son viseur. Elle ignore les milliers de palestiniens morts, blessés, amputés ou affamés. Elle ignore les victimes iraniennes ou émiratis, les déplacés du Liban. Elle ignore que monsieur Trump a pris la décision de l'attaque puisqu'elle ne dit pas qui s'est lancé dans la guerre, qui l'impose au monde, mais simplement "ça pète ailleurs" : phénomène quasi naturel dont nous serions les seules victimes, comme si une éruption volcanique gâchait notre destination de vacances. Encore dans ce cas aurions-nous au moins la responsabilité du choix de la destination, alors que là, non : nous sommes totalement irresponsables de ce qui n'arrive qu'à nous et n'affecte pas les autres, comme l'équipe de France est irresponsable de sa défaite et pourra le montrer dans un match rejoué.
 
Le jour où la pétition pour faire rejouer le match aura triomphé, je suggère à cette touriste d'en lancer une autre pour que les armes larguées au Moyen-Orient soient remisées dans les usines, que leurs victimes soient guéries de leurs blessures et les morts revenus à la vie.
Et qu'elle n'ait plus dès lors à en subir, seule, les conséquences.