REPRISE ET VŒUX
Le 31/01/2026
Il y a un peu plus d’un mois, le 12 décembre, je mettais un terme provisoire à la « rubrique des actus » de ce blog.
L’année finissait sa course dans une atmosphère de fin de partie où s’accumulaient jour après jour les sombres absurdités d’un climat mondial délétère. Chaque jour apportait son lot d’aberrations criminelles : guerres clairement motivées par le seul appât du gain, associations humanitaires dénoncées et parfois détruites tandis que des milices, des groupes armés privés au service d’États voyous étaient présentés comme porteurs de vérité, de valeurs à défendre.
Mon dégoût était intense et dépassait la force qu’il aurait fallu pour noter scrupuleusement chaque jour les atteintes à la dignité humaine.
C’est la raison personnelle pour laquelle j’ai interrompu cette rubrique. C’est dans cet état d’esprit et de cœur que j’ai adressé début janvier mes vœux pour 2026, que voici.
Formuler des vœux de bonheur dans le contexte actuel me parait très indécent. C'est pourquoi je ne peux que souhaiter pour 2026 un recul de l'indécence monstrueuse. Le cœur y est. Que l'esprit et la dignité ne sombrent pas. Pour le reste, mes vœux seront les vôtres. Ah si, j'oubliais : ci-joint un choix entre 4 portes à ouvrir pour l'année qui vient, avec le lieu où elles se matérialisent.
Lautrec : porte sur rien
Porto : porte condamnée
Sidi Bou Saïd : porte sur l'infini
Naples : une des portes des Enfers
Si je reprends cette chronique, est-ce à dire que la situation s’est améliorée ?
Pas du tout : la guerre d’Ukraine perdure et soumet l’espérance de paix à des exigences farouches. Le cessez-le-feu à Gaza s’accompagne comme prévu d’une mise à l’écart totale des habitant.e.s du territoire, lequel est soumis à la discrétion de l’armée occupante. Et la Cisjordanie est plus que jamais fragmentée et soumise aux seuls caprices des colons et des « forces de l’ordre » qui organisent des raids destructeurs.
Tandis que les iraniennes et les iraniens se sont révolté.e.s contre le régime dictatorial des mollahs les U.S.A. envoient au large de l’Iran porte-avions et navires de guerre : il ne faudrait tout de même pas que le peuple iranien décimé par des milliers de victimes sorte libre des affrontements et choisisse seul son présent et son avenir.
Mieux : les U.S.A. de Trump ont perpétré l’enlèvement du président vénézuélien dès le 3 janvier 2026 sous prétexte de collusion avec les trafiquants de drogues et l’ont incarcéré avec sa femme aux États-Unis. Ce même pays s’est retiré de plus de 30 instances internationales des Nations-Unies et cherche à créer un organisme à sa botte qui concurrencerait l’O.N.U.
À l’intérieur de ce vaste pays une milice créée il y a 20 ans pour lutter contre l’émigration clandestine sème la terreur dans les villes tenues par des maires démocrates. Plusieurs morts et des centaines de blessés à Minneapolis : le dictateur élu accuse le laxisme des responsables démocrates tandis que ICE (la milice en question que je ne puis me résoudre à appeler force de police) a carte blanche pour tirer à vue.
Et le monsieur a réclamé le prix Nobel de la Paix !
Sans doute y a-t-il un zeste de folie dans sa personnalité. Mais dans ses convictions je vois surtout une profonde ignorance : pas seulement parce que ce monsieur confond à l’occasion le Groenland et l’Islande mais parce que sa volonté de rendre l’Amérique (qui pour lui se résume aux seuls États-Unis) grande de nouveau dénote une conception étriquée de la grandeur : purement militaire et économique. De là son déploiement de forces tous azimuts et la valse des droits de douane qu’il prétend imposer au monde, interdisant à son voisin canadien de commercer avec la Chine, taxant les pays européens qui ont envoyé des troupes au Groenland, détruisant tout frein à l’extractivisme comme une atteinte à la libre entreprise.
Car, outre l’enlèvement du président Maduro et les menaces sur l’ensemble des pays d’Amérique centrale et du sud, Donald insiste pour s’emparer du Groenland. (Qui écrira la fable : « Maître Canard et les Pingouins »?). Devant la réaction de ses alliés européens qui ont enfin trouvé la chose quelque peu choquante, il a provisoirement renoncé à porter la guerre dans les glaces hivernales du pays semi-indépendant mais parle désormais d’une sorte d’achat : genre Alaska peut-être ?
Il semble qu’à l’international ses seuls soutiens soient, outre les vassaux qui ne peuvent faire autrement, les pires dictatures : Milei en Argentine, Kast au Chili, mais aussi Netanyahou en Israël ou les leaders émiratis, etc.
C’est aussi pourquoi il est dangereux de voir dans les offensives trumpiennes des coups de folie : ce sont des outrances concertées participant d’une volonté partagée avec d’autres nations de réduire l’expression démocratique et de s’arroger le mot démocratie en le vidant de sa substance. C’est pourquoi je reprends cette rubrique, à deux mois d’élections municipales où l’extrême-droite compte en France réaliser une percée, un an avant les présidentielles et législatives.
Les colosses d’aujourd’hui (y compris par le rachat de médias et maisons d’édition) sont si arrogants qu’il suffit de renoncer à la servitude pour les ridiculiser. Mais en attendant, force est de constater que les gauches se divisent et que les centres (nombreux micro-partis, autant que de micro-leaders) qui étaient censés constituer le meilleur rempart contre le fascisme s’y engouffrent allègrement : les experts peuvent s’en donner à cœur joie entre les centres droits, les droites centristes opposées aux droites extrêmes qui affichent leur entente avec l’extrême-droite, etc...De quoi ajouter encore à l’abstentionnisme de celles et ceux qui ne voyant plus très clair dans cette gabegie croient (ce qu’on leur fait croire) que c’est « tous les mêmes ».
Dans ce marasme, se rend-on encore compte que l’on disserte sérieusement de points de vue qui auraient fait éclater de rire par leur stupidité il y a quelques années, comme de n’accepter que les prénoms « du calendrier chrétien » pour les enfants nés en France ou expulser des étrangers parce qu’ils sont étrangers sans tenir compte de leur rôle économique et social (je ne parle pas de sentiments humains mais de simple économie) : que deviendraient les services du bâtiment, du soin aux personnes, de l’entretien, de la santé au sens large, sans l’emploi de personnels étrangers à l’UE ?
Je reprends donc cette rubrique. Loin des discours idéologiques, pour dire l’importance de la paix entre les personnes tout autant qu’entre les nations et rappeler l’importance du monde réel (celui où nous vivons ici et maintenant) que trop souvent effacent des mondes d’images et de discours verbeux. Pourquoi cette propension chez les humains (dans nos sociétés au moins, chez d’autres je ne sais pas) à mieux entendre les voix idéologiques venues d’ailleurs -et souvent on ne sait d’où- plutôt que de considérer la réalité que nous avons sous les yeux et fermement établie ?
Il est évident qu’un.e étranger.e qui travaille en France non seulement sert le pays mais y dépense de l’argent, éventuellement apporte des naissances et des ressources fiscales directes (étant entendu que les impôts indirects sont inclus dans le prix des marchandises, qu’illes paient). Il est tout aussi avéré que ces mêmes étrangers coûtent à la collectivité s’ils ne travaillent pas (et vivent dans des conditions abjectes quand ils ne sombrent pas dans la délinquance)….et que les expulser coûte environ 50 000 euros par personne, alors que les employer rapporte.
Mais cela, qui relève du simple bon sens sans recours à quelque idée vague, ne parvient guère à se faire entendre. Que faire ?